
L'artiste a photographié une série d'objets conservés par le musée des Arts et Métiers. On y voit, par exemple, le pendule de Foucault ou encore des instruments de géométrie descriptive.
Les photographies de Regina Virserius se caractérisent la plupart du temps par le choix d'un cadrage frontal et centré. Le sujet se détache sur un fond neutre avec relief et netteté.
Ces caractéristiques font subir à l'objet une étrange transformation: celui-ci est plus présent qu'il ne le serait au milieu d'un espace occupé et en même temps il paraît fantomatique, comme s'il devenait une pure image, un fantôme de réalité.
On retrouve en cela l'effet produit par les natures mortes du XVIIe siècle (celles de Sébastien Stoskopff, par exemple). L'artiste s'empare de la réalité pour en faire une pure matière visuelle.
Cela se vérifie également avec la série de solides en cristal, applications tridimensionnelles de formes géométriques.
Ceux-ci en effet, avec les reflets qui s'y jouent à l'intérieur, rappellent les peintures flamandes du XVe siècle, obsédées par les jeux optiques et friandes de reflets sur des matières transparentes ou réfléchissantes.
Ceux-ci en effet, avec les reflets qui s'y jouent à l'intérieur, rappellent les peintures flamandes du XVe siècle, obsédées par les jeux optiques et friandes de reflets sur des matières transparentes ou réfléchissantes.Il n'est pas anodin que Regina Virserius ait pris pour sujet des instruments et modèles scientifiques. Ces objets, qui donnent une réalité concrète à des élaborations de l'esprit, nous invitent à considérer la nature très mentale de ces photographies. Elles transforment en pures réalités visuelles quelque chose qui, au départ, correspond aux figures et aux combinaisons que notre cerveau est capable de former.
Ces photographies, comme les objets qu'elles montrent, expriment la maîtrise de l'esprit sur la matière. En cela, elles répondent exactement à la notion de classicisme, ce qui, pour moi, n'a rien de péjoratif. Il y a quelque chose d'extrêmement beau dans la manière dont l'esprit circonvient la matière, l'enserre, l'agence selon ses propres combinaisons, lui imprime ses propres formes, pour en faire finalement ces objets à la fois si concrets et si irréels que sont ces photographies.

(les images: courtoisie Regina Virserius et galerie Eric Dupont)



- des assemblages de bouts de bois, qui ne sont pas sans évoquer les collages de Kurt Schwitters et de Hans Arp de l'époque Dada, mais qui ici expriment une certaine vision de la ville moderne.
- D'autres assemblages dont le titre, parfois fondé sur un jeu de mots (ici: Parabellum) est sans équivoque quant à la portée critique du propos. Ce qui est intéressant d'ailleurs, dans l'oeuvre ci-contre, c'est qu'on peut la considérer soit à l'échelle 1 (auquel cas, les clous et le fil de fer rouillés seront vus, par exemple, comme les vestiges d'une civilisation guerrière), soit comme la métaphore miniature d'une réalité plus large (et dans ce cas, les clous seront l'image de vieux obus, comme ceux qu'on voit sur les monuments aux morts de 14-18, ou une barrière hérissée de pointes).


