mardi 7 juillet 2009

Forstner & Wylie au Musée de Grenoble.


C'est une très bonne nouvelle que cet événement estival: les oeuvres de Gregory Forstner et de Duncan Wylie exposées au Musée de Grenoble.

Pour de mauvaises raisons intellectulles et économiques aujourd'hui décrépies mais hélas encore suivies, il est rare que les institutions publiques consacrent leurs espaces aux jeunes peintres qui, comme eux, ont étudié et travaillé en France. Saluons donc ce coup d'audace.
Et puis, surtout, ne manquons pas de découvrir ces deux artistes qui montent en puissance sur le marché de l'art et sont en train de trouver leur place dans l'histoire de la peinture.

Comme on dit (parfois avec un peu de mépris), c'est de la peinture "qui sent la peinture": huile épaisse, touches larges, grands formats. Justement, l'ambition qui conduit ces artistes est celle de tout grand peintre: nous faire sentir et éprouver des émotions profondes à travers la contemplation de l'oeuvre. Les sujets ne sont pas faciles et pas spécialement séduisants. Pris en charge par la peinture, ils sont amplifiés, intensifiés, transformés.
On ne regarde pas cette exposition avec indifférence: quel que soit l'attrait qu'on ait pour les oeuvres, elles réveillent — et c'est essentiel.

NB1: le site du musée parle parfaitement bien des oeuvres: je vous y renvoie.

NB2: Que Gregory Forstner ait quitté son galeriste parisien (homme influent, bon galeriste mais mauvais payeur, c'est peu de le dire) ne l'a pas empêché de continuer à faire exister sa peinture.



(Images:
1) Duncan Wylie, courtesy de l'artiste, de la galerie Virgil de Voldère, New York et de la galerie Dukan & Hourdequin, Marseille.

2) Gregory Forstner, courtesy de l'artiste et galerie Zinc, Berlin & Munich.)

mardi 30 juin 2009

Penone au Madre

Tous les musées d’art contemporain du monde portent des noms déclinés sur le modèle du MOMA ou du MNAM.
Il y a le MAMCO, le MOCA, le MACBA, le MACM, le MAMAC de Nice, le MAC de Marseille et celui de Lyon, le SFMOMA de San Francisco, et le MOT de Tokyo. En Italie, où l’on a décliné le nom de manière un peu plus imagée, c’est le MACRO à Rome. Et à Naples, qui possède un certain sens de l’autodérision, c’est le MADRE.

Cette introduction n’a qu’un lien réduit avec la suite, et visait seulement à évoquer une œuvre justement conservée au Madre. C'est La Barra d'aria (1969-1996) de Giuseppe Penone.



Il s'agit d'une colonne de cristal implantée horizontalement dans la vitre d'une fenêtre.

En soi, ce n'est pas spectaculaire.
Mais si l'on s'approche et que l'on tend l'oreille, alors tous les bruits extérieurs parviennent jusqu'à nous. Ils parviennent déformés: mêlés aux rumeurs internes de l'oreille, amplifiés et pulsant au gré des longueurs d'ondes dont on perçoit les vagues montantes et descendantes.

Or, les bruits de Naples, ce n'est pas rien. Ce sont des vrombissements de scooters, des klaxons, des ballons de foot qui rebondissent, des cris permanents et des cloches qui chantent l'Ave Maria. (Même la nuit, pendant le nocturne du Madre.) Transformés par la "Barra d'aria", ces bruits semblent venir d'au-delà des mers.

Cette oeuvre est l'une des premières par lesquelles Penone a fait de l'art l'instrument d'un lien poétique avec le monde extérieur (ce qui, d'ailleurs, est l'un des rôles de l'art en général), à la fois instrument de musique et outil scientifique.

Voilà. Cette oeuvre me semblait en harmonie avec le soleil et l'envie que l'on peut avoir, ces temps-ci, de se tourner vers les autres et vers le monde.



lundi 15 juin 2009

Venise in, off ou out - FINE n°2


















Je l'admets: c'est peu crédible. Pourtant, entre le moment où je l'ai écrit et celui où je l'ai mis en ligne, une partie de mon dénouement s'est volatilisée. Le Palazzo Dario est maudit, cela est vrai.
Revoici donc ce dénouement dans sa version intégrale.

Je reprends quelques lignes plus haut
(bruit de film qu'on rembobine):
....
Là, nous nous attendions à tout : au scénario d’Eyes Wide Shut, à une fête masquée dont le code était de garder le silence, à des invités ivres morts, à un drame qui aurait laissé tout le monde sans voix, à une vidéo sans bande-son, à un concert de musique subliminale et bien sûr à la malédiction du palais, qui aurait figé les convives dans un sommeil de cent fois cent ans.
Mais rien de tout cela.
Nous étions seules.
Peut-être étions-nous arrivées trop tôt. Ou bien alors la fête avait-elle été elle aussi annulée. Ou bien, justement, tel était le but de l’affaire : nous étions au cœur d’une performance dont nous ignorions tout.
En fait, tout en haut, il y avait une salle aux murs peints en ocre. Cette salle était occupée par un lustre immense aux pampilles à moitié défaites, quelque chose qui aurait pu être une œuvre d’art, du Banks Violette ou un Claude Lévêque égaré (puisque comme chacun sait, les lustres sont des lieux communs de l’art contemporain, et que Claude Lévêque avait eu la bonne idée de s’en passer dans son pavillon), mais nous étions aussi dans la ville des lustres — donc le doute quant au statut de l’objet était sans résolution.
Il y avait aussi un très grand miroir vénitien, un miroir dont le tain était si usé qu’on s’y distinguait à peine et qu’il était constellé de mouchetures argentées. Du Mona Hatoum ? non, elle est déjà occupée dans un palais de l’autre côté du canal. Du Louise Bourgois ? non, ce genre de pièce n’est pas répertorié dans son catalogue raisonné.
Alors, à ce point de mon histoire, vous attendez à quelque chose comme le lustre se mettant soudainement à bouger, ou bien une apparition qui aurait eu lieu dans le miroir, un seigneur en tenue de Doge par exemple, ou bien une fête de marquis et marquises dont le miroir aurait conservé le reflet comme le souvenir d’un temps lointain. Mais ce genre de scénario a déjà été écrit, en particulier au sujet du Palazzo Dario, et vous n’auriez certainement pas cru à un dénouement si banalement fantastique — alors que je tiens uniquement à vous raconter la vérité.
Nous restâmes alors un moment à écouter le silence et à nous perdre dans le miroir au tain usé, puis nous sommes reparties.

Le lendemain, nous croisons notre collectionneur qui nous interrogea, l’air inquiet : « Vous étiez hier à la fête au Palazzo Dario ? » « Et vous ? » « Oui, bien sûr ! Il y avait beaucoup de monde …je ne vous y ai pas vues ?… »

(Image: Kiki Smith. Exposition Glass Stress, Venise, Istituto Veneto di Scienze Lettere ed Arti, du 6 juin au 22 novembre 2009)

samedi 13 juin 2009

Venise in, off ou out - FINE

Il paraît que cette histoire tourne en rond.
Je ne le nierai pas.

Car au fond, le problème de la Biennale, c’est qu’on ne sait pas où elle est.
Oui, bien sûr, il y a les pavillons internationaux dans les Jardins, il y a l’Arsenal et tous les lieux où des œuvres sont exposées.
Oui, bien sûr, il y a des fêtes et des cocktails un peu partout et un peu tout le temps.
Seulement 1- en regardant les œuvres, je me suis demandée plus que de raison où était passé l’art.
Seulement 2- comme on l’aura compris, l’art est ici essentiellement un prétexte. Et finalement, la Biennale, c’est un défi, une jeu de piste, une course aux invitations.
C’est ce dont j'ai pris conscience en observant la mine désappointée d’un (gros) collectionneur à qui nous demandions l’adresse d’un cocktail - cette fois, nous étions invitées, il n’en avait pas entendu parler ... Lui qui, sans aucun doute, avait été cent fois plus sollicité que nous, après quoi courait-il donc encore ?

Je continue donc mon histoire en passant sur le café qui a suivi la pizza et le vin coupé qui l’a accompagnée (car, m’a-t-on dit, c’est ce qui manque pour rendre cette histoire totalement ennuyeuse) et je raconte le reste en film accéléré.

Nous reçumes finalement le texto fatidique.
« soirée San Polo sottoportego delle streghe » Nous parcourûmes Venise en tout sens, demandâmes notre chemin à un Vénitien qui se révéla être un paysan du Frioul, à des Vénitiens qui nous faisaient tourner de pont en pont et de calle en calle, vîmes l’eau monter, trouvâmes quelque chose qui ressemblait à une fête — mais non, impossible, ç’avait l’air trop nul — et fûmes enlevées par un personnage masqué.

Et puis le lendemain nous recevions des messages sur des fêtes annulées, des fêtes finies plus tôt que prévues, des fêtes arrêtées pour cause de décès, on nous indiqua des adresses tronquées, des noms de fêtes bizarres, des fêtes qui n’en étaient pas, des fêtes où on n’était pas invitées du tout — et nous finîmes par snober la seule dont nous étions sûres, au Palazzo Grassi.

Alors, me direz-vous, y a-t-il un dénouement à tout cela? eh bien oui.

C'est que, en début d'après-midi, à une heure où notre estomac commençait à réclamer et où l'ennui pointait, nous rusâmes, comme à notre habitude, pour entrer dans un cocktail où nous n'étions pas vraiment prévues.
Il faisait beau, nous étions dans un jardin au bord du Grand Canal, il y avait des espèces de pépiements métalliques dus à la performance-prétexte qui avait lieu au même moment, et le risotto en valait la peine.
Et puis voilà que nous reçûmes un message: "Palazzo Dario, 23h, j'ai des cartons pour vous".
Le Palazzo Dario est mon palais préféré. J’ai eu de longues occasions de l’observer de loin. Mais jamais je n'ai vu personne y entrer ni en sortir. Les lumières y son toujours éteintes. D'ailleurs, c'est connu, il est hanté. Enfin j’allais pouvoir le découvrir plus intimement.
A 23 heures, nous avions remis du gloss et nos talons 12 cm, nous avions fort peu de risques de nous perdre et nos invitations devaient nous attendre à l’entrée.

Le palais était presque aussi obscur que d'habitude, seule une petite fenêtre paraissait allumée. Il n'y avait aucun bruit, à part les voix qui venaient de la Fondation Guggenheim voisine (au pire nous nous rabattrions sur le cocktail d’à côté). Nous poussâmes la porte du jardin. Elle était ouverte. Personne ne vint nous donner nos cartons — mais personne ne vint non plus nous les demander.
Tout était ouvert, mais il n’y avait personne.
L’air du jardin était humide, la nuit tombant tôt ici. Derrière la porte du palais, gardée par des têtes de lions, il y avait un escalier de marbre. On avait placé des bougies ici et là sur l’escalier, et leur lumière faisait danser les figures peintes sur les caissons au plafond.
« Encore une installation qui veut jouer à faire peur », me dis-je. Car, on le sait, l’art contemporain aime bien créer des ambiances qui jouent à ceci ou à cela. Seulement, c’est souvent tellement fabriqué qu’on n’y croit pas, et puis c’est toujours plus ou moins ironique, subversif ou second degré. Mais cette fois l'effet des bougies était plutôt convainquant.
Les étages principaux étaient inaccessibles. Il fallait suivre l’escalier jusqu’en haut. Le silence régnait encore.
Là, nous nous attendions à tout : au scénario d’Eyes Wide Shut, à une fête masquée dont le code était de garder le silence, à des invités ivres morts, à un drame qui aurait laissé tout le monde sans voix, à une vidéo sans bande-son, à un concert de musique subliminale et bien sûr à la malédiction du palais, qui aurait figé les convives dans un sommeil de cent fois cent ans.
Mais rien de tout cela.
Nous étions seules.
Peut-être étions-nous arrivées trop tôt. Ou bien alors la fête avait-elle été elle aussi annulée. Ou bien, justement, tel était le but de l’affaire : nous étions au cœur d’une performance dont nous ignorions tout.
Nous restâmes un moment à écouter le silence et à nous perdre dans le miroir au tain usé, puis nous sommes reparties.

Le lendemain, nous croisons notre collectionneur qui nous interrogea, l’air inquiet : « Vous étiez hier à la fête au Palazzo Dario ? » « Et vous ? » « Oui, bien sûr ! Il y avait beaucoup de monde …je ne vous y ai pas vues ?… »


vendredi 12 juin 2009

Venise in, off ou out - Parenthèse









La suite est écrite ... mais ...
en ligne demain matin !
... d'ici là, bonne soirée! ;)

(hé hé ...)