jeudi 26 novembre 2009

Recyclage

Hier je me promenais au Louvre et voilà que je suis tombée là-dessus:

















... Quand on est un peu habitué à l'art contemporain, on a tendance à en voir partout (peut-être surtout dans les lieux qui n'y sont pas destinés), ou, plus exactement, on a toujours peur de perdre la face en manquant une oeuvre qui, au premier abord, n'en aurait pas forcément l'air.

Et puis, comme le Louvre s'est mis à insérer subrepticement des oeuvres d'art contemporain au milieu de ses collections (ce qui, soit dit en passant, est un peu une façon de traiter les oeuvres contemporaines comme des nains de jardin apparaissant au détour de deux ifs taillés à la française), je me suis dit: "tiens, quoi qu'est-ce?"

Il faut dire aussi que, dans le genre sac en plastique, il y avait un précédent.



Ceci:

ça, c'est une oeuvre de Kader Attia présentée au printemps dernier lors de la Force de l'art. (source image)
Ce qui était drôle, d'ailleurs, c'est que bien des visiteurs ne l'avaient pas remarquée, notant juste la présence du vigile qui, en raison de l'apparence très triviale de l'oeuvre, devait veiller à ce qu'on ne marche pas dessus (ou que, dans un souci écologique, on n'aille pas la déposer dans le bac jaune destiné aux déchets recyclables).


Puis, les sacs de plastique (ceux du Louvre, donc) ont révélé leur véritable nature:








De cet épisode, certains pourraient tirer au moins deux conclusions opposées:

1) que l'art n'a aucun intérêt lorsqu'il peut être confondu avec la réalité.

2) ou bien que, justement, l'intérêt de l'art est de nous faire relever des détails de la réalité qu'on ne remarquerait pas autrement.


Moi je dirais que la valeur d'une oeuvre est indépendante de sa confusion éventuelle avec le réel.
Mais que, dans ce cas particulier, ce qui différencie ces sacs en plastique de ceux de Kader Attia, ce n'est rien d'autre que leur valeur d'assurance...

Il est évident que l'art contemporain sème le trouble entre ce qui est art et ce qui ne l'est pas. Mais cela reste anecdotique s'il n'en ressort pour moi aucune émotion esthétique.
Face à ces sacs (comme face à ceux de Kader Attia), ni grand bouleversement, ni questions existentielles.

Mais l'anecdote m'a procuré du plaisir. (D'ailleurs, les sacs du Louvre, résidus de prétendus "travaux", me semblent bien incongrus ... plus que ceux de KA!). Je m'en contente volontiers.

12 commentaires:

Hadda a dit…

j'ai rien saisi ...

Anne Malherbe a dit…

Try again ;)!

Anonyme a dit…

Excellent :)

Daniel a dit…

Je t avais dit d'aller au Louvre :) !!!

Hadda a dit…

j'ai essayé, les sacs poubelles et les sacs plastiques ça me laisse de marbre ;)

F a dit…

Comme j'ai passé la soirée au théâtre, mon modeste apport au sujet est une citation du dramaturge Edward Bond: "J'ai l'impression que la littérature suinte du sol. Que les pierres logées dans le mur pressent et extraient du sens comme si elles étaient des meules de moulin".
Ces sacs en plastique sont peut-être à l'art ce que sont ces pierres à la littérature

Francis Vergne a dit…

Pour rester avec Edward Bond et ses "Pièces de guerre", cet alignement de sacs - s'il n'y avait pas de repères d'échelle - me feraient penser à ces chapelles ardentes où l'on rassemble les dépouilles de soldats morts au combat ou de victimes de catastrophes.
Je sais, ce n'est pas très très fun..., mais lorsqu'on a vu une fois en vrai un tel sac - avec son contenant forcément anonyme -, on peut difficilement l'oublier.
Et je ne m'étendrai même pas sur le "rôle" que jouent les sacs poubelle dans les films ou les séries sur la mafia (cf. "Les Soprano")...
Ainsi, avec un cadrage un peu plus serré, la photo aurait pu être - pour moi en tout cas - assez troublante.
N'est-ce pas aussi le rôle de l'art?
PC

judith.sou a dit…

C'est une réflexion intéressante que je partage volontiers avec toi, Anne. C'est très vrai de dire que pour l'amateur ou le professionnel de l'art, tout "item" pouvant être labellisé "art" après Duchamp (voir Arthur Danto, "La transfiguration du banal"), on se sent presque obligé de considérer les extincteurs dans les musées avec un air intelligent. Et cela pose en effet de vraies questions, celles-là mêmes qui font que beaucoup de personnes boudent l'art actuel.
Je pense que "l'art pareil à la vie" a été beaucoup développé par la génération 60-70 (Filliou, Kaprow, entre autres), et qu'aujourd'hui on utilise davantage le commentaire social que ce type d'oeuvres peut révéler. Chez Kader Attia, à part une critique de la société de consommation qui serait tout de même un peu trop facile, je crois qu'il y a un vrai questionnement de la forme, du matériau (le plastique volatile et jetable comme sculpture)...

Merci en tout cas d'avoir l'honnêteté de reconnaître ces contradictions de l'art contemporain qu'on aurait plutôt tendance à nier, de l'intérieur... ;-)

ludo a dit…

Le travail de Kader Attia prend racine dans les rapports complexes qu’entretiennent culture orientale et culture occidentale.

Anonyme a dit…

Ceal Floyer, Garbage Bag, 2001
Gavin Turk, Tip, 2004 (bronze)
Bruno Peinado, untitled (trash test), 2005
Claire Fontaine, Untitled, (Collectors), 2006

http://search.it.online.fr/covers/?m=2001

Florence a dit…

J'ai adoré, merci de "partager ton oeil".

Anonyme a dit…

à chaque fois que je vois de telle chose ce qui m'emerveille me terrorise et me détruit un peu, plus que la bétise c'est la masse d'énergie dépensée, la petite histoire couteuse longue et compliquée avec des vrais gens qu'il a fallut pour que ce sac arrive là, ce qui est en soit une réelle performance, je vois ce petit cortège de gens et ça me fait presser le pas, ce sont eux que je voudrais fuir mais je sais que je ne pourrais y arriver si facilement